Un peu de fatigue, pas mal de froid, beaucoup d’amertume, voilà les sentiments qui nous envahissent alors que nous en terminons avec les rappels de l’Aiguille Mermoz (2732m). A vrai dire, c’est même un gros ras-le-bol que l’on peut lire dans nos regards : marre de cette météo infernale, de se battre avec des conditions pourries, et de ne sentir le soleil nous réchauffer que….dans les descentes.
Tout avait plutôt mal commencé pour notre équipe, celle des « gros ». Motivés par les locaux et Mario Conti, nous partons confiants pour faire une tentative dans le mythique « Supercanaletta ». Cette voie a été faite il y a 15 jours de cela (alors que nous étions nous aussi sur le Fitz) et personne n’envisage que les conditions aient pu se dégrader au point de la rendre impraticable. Nous partons donc sur les traces des LSD, pour le bivouac du Passo Cuadrado, camp de base idéal pour notre projet.
La deuxième journée de marche nous amène au pied de notre voie, à travers un dédale de crevasses et de coulées de séracs. Le décor est grandiose de ce côté du massif et le sentiment d’isolement y est autrement plus intense que sur la voie « normale » de la montagne. Après 3 petites heures d’approche, le pilier Afanassief s’efface petit à petit pour nous laisser entrevoir le couloir. Mais quelle n’est pas notre déception lorsque enfin il se livre entièrement à notre vue : la pente de neige de 1000 mètres sensée nous mener au pied des difficultés a disparu pour moitié et ce qu’il en reste est parcourue par une sinistre goulotte encombrée de rochers !
Il faut se faire à cette idée, la voie n’est plus en conditions, et nous optons pour un repli sur l’Aiguille Mermoz qui semble avoir séché aujourd’hui.
Petite nuit au bivouac et départ aux aurores pour une journée que nous envisageons plutôt « sympa ». La voie est supposée être en bon rocher et la météo nous promet un soleil radieux.
Mais très vite, le premier bémol intervient : d’épais nuages encombrent le ciel et un froid vif nous saisit sur le premier névé que nous remontons. Le deuxième ne tarde pas à lui emboîter le pas, alors que nous galérons pour trouver les cordes fixes menant à la base de la paroi.
Du coup nous voilà au pied de notre voie avec une grosse heure de retard.
Nous réalisons tout de suite que nos fissures étaient sèches de loin mais loin d’être sèches et qu’avec le froid qu’il fait, nous courons à l’échec. La décision est vite prise de se reporter sur la voie « classique » (Cuinas-Viero, 600m, 6a),quelques mètres sur notre gauche, qui, même plus enneigée, devrait nous permettre d’assurer le sommet.
Nous partons légers, chaussons aux pieds et laissons tout notre attirail de glaciériste en bas. Les premiers 200 mètres sont avalés corde tendue mais le froid nous empêche d’aller vraiment vite. De plus il nous faut régulièrement sortir de la voie pour éviter la neige.
Après deux heures de grimpe, Gérémy est congelé, Choub a les pieds tout violet et Vince se réfugie dans sa doudoune : et ce satané nuage qui s’évertue à nous priver de soleil. L’ambiance n’est pas à la rigolade dans la cordée mais qu’importe, nous avançons.
Plus haut, alors qu’un rayon de soleil nous lèche le dos, nous nous surprenons à nous faire plaisir sur une belle protogine orange digne du Grand Capucin et le plaisir revient, enfin !
Un soupçon d’optimisme s’invite alors que Vince relaie Choub en tête, pour en finir avec cette voie. Mais lorsque nous débouchons sur l’arête, une longueur sous le sommet c’est la douche froide : la dalle en 4 est recouverte par une fine couche de glace et le dièdre qui la borde est une belle goulotte de glace bleue…et nos crampons qui sont en bas ! Une tentative de Rako ne fait que confirmer nos craintes, il nous faudrait presque deux heures pour passer, en artif’, et il est déjà 17 heures. Les rappels nous promettent une descente compliquée et la perspective de passer une nuit dans la voie, en chaussons (et sans chaussettes pour Rako), sans duvet, dicte notre décisions : on se barre !
Notre sommes vraiment dégoûtés mais une bonne nouvelle vient égayer la descente : les LSD sont au sommet de Poincenot. Nous y pensons chaque fois qu’il faut retaper un relais (à chaque relais en fait), chaque fois que nous tirons la corde pour qu’elle ne se coince pas, et parvenons au pied de la voie cinq heures plus tard, sans incident.
Mais la poisse nous colle au train et, dans une moraine lugubre et instable, un bloc roule et écrase l’index du pauvre Rako. Du coup c’est sans joie que nous rejoignons la tente et dévorons le reste de nos vivres.
Il faudra attendre El Chalten et ses Cerveza Negra pour nous remotiver parce que sur le moment, la Patagonie, elle commence vraiment à nous gonfler…
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